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« avril 2008 | Accueil | juin 2008 »

Cosmetic do Brazil : 2ème épisode

Epinglée sur la gazette voilà 2 ans la marque cosmétique Natura revient aujourd'hui sur le 6a00d83452270069e200e54f4e2ae288338 devant de la scène. Ethique et engagée, cette marque brésilienne, fondée en 1969, attache une importance toute particulière au respect de l'environnement (compensation des émissions de gaz à effets de serre, biodégradabilité des emballages) et de ses partenaires économiques (collaboration avec 2500 petits producteurs indépendants pour ses matières premières). Remarquable sans nul doute mais rapplez-vous, nous ne pouvions pas en dire autant de leurs formules: conservateurs décriés, colorants, silicones et autres ingrédients de synthèse avaient leur place au côté des huiles végétales et actifs naturels...De vrais produits de cosmétique traditionnelle qui trahissaient un manque de transparence déplorable. Avec un tel nom Natura flirtait même avec une forme de communication mensongère.

La gazette n'a semble-t-il pas tapé à côté car désormais Natura affiche sur ses produits un "tableau environnemental" qui présente, à la manière d'un tableau nutritionnel, des indicateurs sur la nature de certaines matières premières. Si ce tableau n'apparaît dans un premier temps que sur les savons il est amené à s'exhiber sur tous les produits de la gamme. Cette initiative illustre une démarche qui, depuis 2 ans, conduit Natura à augmenter la part de matière végétale dans le produit fini et à challenger le système de conservation via un travail de substitution des parabens.

La route de Natura n'a pas encore atteint son but mais au moins a-t-elle pris le chemin de la cohérence : elle a tous mes encouragements.

Source: Fashion Mag

Gros plan sur...Iodaline

Logoalgotika1 Direction le Finistère d' où Algotika, jeune société située à Pont l'Abbé, part à l'abordage de la cosmétique bio. Spécialisée jusqu' alors dans les compléments alimentaires marins à base d'huiles de poisson et extraits d'algues, Algotika a trouvé sa valeur ajoutée sur le marché cosmétique en proposant une des premières si ce n'est la première ligne de cosmétique Marine et Ecocert - pour ma part c'est une première dans la rubrique Cosm'Ethique.

Direction le site internet de la marque, véritable magasin en ligne duquel l' expertise commerciale transpire plus que l'expertise technique. Les produits Algotika ne sont d'ailleurs proposés qu'en vente par correspondance. Disons-le clairement : nous n'avons pas affaire à une marque mais à un distributeur.  L'occasion de rappeler que la sous-traitance est très répandue en cosmétique - elle tendrait même à s'accentuer sous le poids de la cosmétique bio qui demande un savoir-faire que peu de marques traditionnelles ont acquis. Algotika a le mérite de ne pas leurrer son consommateur derrière un site purement marketing - néanmoins une page de garde plus explicative que mercantile pourrait être un plus.

La gamme à l'honneur "Iodaline Bio" nous offre un panel complet de soins pour le visage ; le corps et le bain sont encore à leurs débuts mais Algotika pense étendre sa gamme prochainement. Focus donc sur l'offre visage:

0d19d2b7a42b76e7fd579f4cc5f5b3a11 Le lait démaquillant est d'une extrême douceur. J'aime trouver l'eau florale de camomille bio en tête de la déclaration INCI et l'huile d'amande douce bio qui apporte, outre un confort d'utilisation, une odeur caractéristique au produit fini. Je regrette néanmoins de ne trouver l'extrait d'algue qu'en fin de liste, entre les conservateurs (benzoate de sodium et sorbate de potassium)...Le pourcentage d'algue n'est d'ailleurs pas précisé, ce qui est dommage pour un produit à connotation marine revendiquant les propriétés régénérantes et revitalisantes des algues...Néanmoins la formule est de bonne qualité : épaissie à la gomme xanthane elle n'en présente pas l'aspect gélifié, elle ne colle pas après le démaquillage à tel point qu'on ne ressent pas le besoin de se rincer le visage, le démaquillage est efficace, l'odeur est particulière (un mélange d'amande et d'algue...) mais discrète, le fini très doux.

1334f854143710774314155e2793c8a41 La crème hydratante visage a également mes honneurs: eau florale d'hamamélis bio en tête de liste, des extraits de protéines de blé ainsi que de l'huile de tournesol bio. A ce propos j'ai une question pour Algotika: est-ce cette huile de tournesol que vous revendiquez comme huile de jojoba dans votre dossier de presse? J'ai bien regardé et je ne trouve que de l'huile de canneberge et de mandarine dans la suite de la formule...Toujours est-il que la texture est très agréable, avec un sensation de fraîcheur à l'application et un étalement vraiment doux. Les extraits d'algues sont un peu plus présents que dans le lait démaquillant (algues ulva et palmaria) mais une fois de plus le pourcentage n'est pas précisé.

Je conclurai mon article sur les prix des produits. 18 € pour 200 ml de lait hydratant, 39 € pour les 50 ml de crème visage. Sur la base des formules cela se justifie: plus de 98% d'ingrédients d'origine naturelle pour plus de 82% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique...mais tout de même à ce prix là ne pourrait-on pas augmenter le % d'algues? Ne pourrait-on pas également envisager de les faire certifier par Ecocert? Enfin le plaisir à l'application est certain mais les produits ne sont pas mis en valeur: positionnés dans ces tranches de prix les produits mériteraient des emballages sérigrahiés plutôt que des auto-collants. Je crains que ces considérations ne freinent l'acte d'achat, surtout en vente par correspondance où le visuel prend le pas sur le sensoriel. J'invite donc Algotika à remettre en question leur plan marketing.

Votre valeur ajoutée repose sur la combinaison Marine-Ecocert? Je vous invite à préciser le % d'algues. La texture est votre point fort? Je vous invite à proposer des échantillons aux nouveaux visteurs. Les formules sont haut de gamme? Offrez-leur un packaging à leur image! Enfin vous ne vendez que par correspondance: valoriser votre expertise sur votre site internet vous aidera à convaincre. A rectifier ainsi le cap nul doute que vous voguerez vers un succès.

Dernière minute: vous définissez sur la page d'entrée du site la gamme Iodaline bio comme une gamme à base d'actifs marins certifiés bio or les algues ne font pas partie des composants certifiés - cet abus de langage porte à confusion et peut passer pour de la publicité mensongère. Je vous invite à rectifier cette mention de toute urgence.

Coup de poker ou grand bluff ?

Sujet brûlant que celui de l'huile de palme à l'histoire intimement liée à celle des régions d'Asie du Sud-Est. Logo_large1De nombreuses ONG sensibilisent l'opinion depuis des années aux ravages causés par l'expansion anarchique des palmiers à huile...Dernières actions en date: les manifestations de Greenpeace sur les sites d'Unilever, géant anglo-néerlandais de l'agroalimentaire et des cosmétiques, accusé de contribuer par sa consommation à la destruction de la forêt dans la province de Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo).

Ce 1er Mai le groupe a annoncé qu'il se fournira en huile de palme auprès de "sources certifiées durables" à l' horizon 2015, en commençant dès la 2éme moitié de 2008...enfin, lorsque celle-ci sera disponible...Objectif: Pouvoir tracer toute l'huile de palme utilisée en Europe d'ici 2012. Intention remarquable que je salue volontiers mais je ne puis m'empêcher d'y voir un effet d'annonce. Unilever n'aurait-il pas pris goût au "Buzz" (rappelez-vous cette campagne de films sur le net autour de leur marque Dove...) ? S'il est louable d'en appeler à un moratoire sur la destruction des forêts humides d'Indonésie, Unilever ne va-t-il pas vite en besogne à évoquer certification et traçabilité ? Une telle annonce sans avoir les bonnes cartes en main j' appelle cela un bluff.

Car les faits sont là: L'Indonésie et la Malaisie produisent à eux seuls 85% de l'huile de palme mondiale, ce qui leur assure une dynamique économique et un profit substantiel. Unilever souhaite pousser les autorités gouvernementales à prendre des mesures plus agressives afin d'arrêter la déforestation...ces gouvernements en déplorent sûrement les conséquences désastreuses mais dans quelle mesure sont-ils prêts à faire avancer les choses? Unilever va se heurter à un conflit d'intérêt sans être en position de force...perdu d'avance?

Oui, si Unilever reste un cas isolé. Pour faire plier un leader il faut avoir des alliés de poids. Si les plus gros consommateurs d'huile de palme (Procter et Gamble, Nestlé) se font entendre, alors les choses pourraient changer...peut-être même qu' Unilever, se revendiquant légitimement précurseur, créerai un nouveau buzz!

Source: Fashion Mag ; RTL Info