Hier soir sur la chaîne cryptée, Faites passer l'info, magazine d'enquête sur la société de consommation, nous a offert un panorama du monde doré de la cosmétique traditionnelle à faire chauffer les oreilles des services marketing et communication des géants L'Oréal et Clarins.
Dans le premier volet : "Beauté: Cosmétiques et Poudre aux yeux" nos enquêteurs se sont penchés sur le vaste sujet de la revendication en cosmétique: du 50% de rides en moins (L'Oréal, Diadermine) à la Protection contre les ondes électromagnétiques (Clarins) il s'agissait d'apporter un oeil scientifique à la plume des marketers, qui en ont pris pour leur grade...Utopique pour la première, huluberlue pour la deuxième...mais est-ce vraiment une surprise? Quand le BVP est pris à partie il estime que le Français est suffisamment critique pour appréhender les fausses promesses...c'est sans compter la perversité d' une publicité ciblée sur le manque et la frustration. Quoi de plus facile quand l'emphase de la promesse cosmétique, astucieusement mêlée à l'ode à la jeunesse véhiculée par les pages mode des magazines féminins, amène sur un plateau le Complexe, véritable sésame de l'acte d'achat ?
Nous arrivons alors au second volet du dossier: "Presse féminine: Des partenaires en or". S'il met le doigt sur un secret de polichinelle: le monde de la beauté fait les choux gras de la presse féminine...qui le lui rend bien...le reportage va plus loin en remettant en question jusqu'à l'objectivité des journalistes beauté. La presse féminine se retrouve prise au piège de son fonctionnement intrinsèque: à vivre de vos annonceurs ils vous dirigent. Ce n'est pas tout d'étouffer son esprit critique sous le poids des enjeux financiers: les laisser dicter vos lignes éditoriales vous conduit à l'anti-thèse du journalisme.
A l'heure où nous, bloggueurs, attirons l'attention d'agences de presse et autres cabinets d'études marketing il est des leçons à tirer de l'expérience de la presse écrite. En ce qui me concerne j'ai une activité professionnelle à plein temps et mon blog reste un loisir ; ces derniers mois pourtant la question de l'objectivité de mes articles n'a cessé de me miner. De plus en plus sollicitée, souvent par des marques jeunes, mais également interpellée sur un éventuel parti pris, je me suis posée la question du juste emploi de la critique. Suite à ce reportage je réalise à quel point elle est LA valeur ajoutée du blogging : Indispensable.
Bien sûr que la presse féminine est l'anti-thèse du journalisme. Il est aisé d'avoir de grands principes quand on a rien à perdre, beaucoup plus délicat quand on sait qu'un article signe sa lettre de licenciement...
Après demander à un magazine féminin de faire du reportage d'investigation faut pas pousser non plus. Tant que tu as un boulot qui te permet de vivre, tu peux facilement garder ta liberté mais à partir du moment où tu commences à vivre de la pub et donc potentiellement des marques tu vas encenser ou critiquer forcément ta liberté va se restreindre...
Rédigé par: Mu | 30 avril 2008 à 10:02
J'ai regardé cette émission vraiment très intéressante. Ce remettre en question fait parfois du bien et je tiens à te dire que j'aime beaucoup ce qui tu écris. Les blogs sont en règle générale libres c'est pourquoi nous sommes si nombreux à lire les blogs.
Amitié
Plein de sourires
Pauline
Rédigé par: pauline | 30 avril 2008 à 21:51
Il me semble que l'objectivité est une utopie et n'est probablement pas souhaitable : Nous sommes tous des êtres subjectifs et c'est le parti-pris et l'engagement qui font la richesse de l'information. Un lecteur du Figaro et un lecteur de l'Humanité n'attendent pas le même traitement d'une même information. La presse d'opinion avance à visage découvert, c'est là sa force, son courage et sa pertinence. Toute information est avant tout une opinion et le danger vient des médias qui prétendent à l'objectivité. La seule objectivité réside dans la transparence. Aux Etats-Unis (dont on peut critiquer par ailleurs la liberté de la presse à bien des égards) il existe une règle que les médias français seraient bien inspirés de copier : lorsqu'un journaliste traite d'un sujet dans lequel un conflit d'intérêt peut apparaître, il en fait état. Quelqu'un a-t-il vu un article (ou une pub) paru dans Les Echos parlant de Dior, Guerlain, Kenzo ou Sephora indiquant qu'ils appartenaient (la marque et le journal) au groupe LVMH ?
A quand un reportage sur Direct 8 (Groupe Bolloré) concernant l'huile de palmiers et mentionnant que Socfinal (140000 ha de plantations) appartient au Groupe... Bolloré !
La transparence serai ainsi le meilleur atout d'une subjectivité assumée.
Rédigé par: Guy Boulanger | 12 mai 2008 à 13:01
Je te rejoins dans le fait que transparence et critique sont les maitres mots des bloggeurs. Mais, il faut aussi garder en tête une nouvelle dérive émergente : le procès mené au bloggeur. Sans forcément être illicite, donner un avis critique (même étayé) peut amener une animosité forte de certains... voire des menaces de procès (sic!). Je l'ai personnellement vécu et je dois t'avouer que ça m'a posé un cas de conscience. Je n'ai pas résolu pour l'avenir comme gérer à l'avenir ce type de comportements. Toujours est-il qu'il est important pour moi d'éveiller les consciences tout en évitant de s'attirer des ennuis (or combattre des dérives du type greenwashing amène parfois des ennuis) ! En tout cas, gardes tes convictions et continues de les partager avec nous :)
Rédigé par: mlle bio | 21 mai 2008 à 01:39
Merci à vous pour ces conseils
Rédigé par: La gazette | 21 mai 2008 à 09:27